Et si "vendre la valeur, pas la techno" - la règle qu'on nous répète depuis 20 ans - était devenu un mauvais conseil avec l'IA ?
Toute ma carrière, on m'a appris à ne jamais parler techno.

"Vends la valeur. Vends le besoin métier. Le client se fiche du moteur, il veut le résultat."
Et pendant 10 ans, sur le terrain, je l'ai vérifié. C'était un bon conseil.
Le client savait ce qu'il voulait : plus de leads, des ventes conclues plus vite, des opérations plus fluides, des coûts en baisse. On creusait, on questionnait, on challengeait le besoin. La techno, elle, n'était qu'un détail d'ingénieur - et le client avait raison de s'en ficher. Le périmètre était tellement étroit qu'on tombait juste à tous les coups.
Ce qui a basculé avec l'IA
Sauf que ça, c'était avant.
Avec l'IA - et surtout depuis quelques mois - tout a basculé. Et c'est maintenant qu'on se raconte une histoire.
Parce qu'aujourd'hui, savoir précisément ce qu'on veut, ça veut dire une seule chose : connaître les limites réelles des outils du moment. Et les suivre au quotidien.
Or deux choses coincent. D'abord, personne n'a la bande passante pour suivre un rythme pareil. Ensuite, et c'est plus vertigineux : notre cerveau, nos habitudes ancrées, sont-ils seulement faits pour aller challenger ce que la techno rend vraiment possible ?
Avant, dire ça aurait été une provocation. Aujourd'hui, c'est juste une observation de terrain.
Chez Selego, on s'est équipés en 6 mois
Chez Selego, en 6 mois, on s'est équipés entièrement. Notre façon de travailler a changé du tout au tout.
Le CRM, on ne le remplit plus à la main. Le suivi commercial ? Pareil. Les dashboards CRM ? Pareil. C'est l'IA qui s'en charge, de bout en bout. On a créé notre propre cerveau : une base de données où l'on stocke tout, dans des fichiers pensés pour que l'IA les exploite.
La compta, la finance, le recrutement : des agents qui pilotent des sous-agents, branchés à nos outils.
Et non, je ne parle pas des cas d'usage qu'on voit partout - le résumé de réunion, le reporting automatique. Ça, c'est devenu le minimum. Tout le monde le fait.
Et le plus important : on l'a construit nous-mêmes. Aucune donnée ne sort. Ce n'est pas l'IA d'un éditeur - c'est la nôtre.
De mon côté, je pilote toute mon activité depuis un dashboard 100% local, animé par mon propre assistant - RTX 5090, et pour les connaisseurs : un Qwen 3.6 MoE, 225k de contexte.
Je l'interroge en langage naturel sur des milliers de conversations Slack, des milliers d'emails, mes réunions. Il pilote notre stratégie. Il lance mes recherches à la demande. Et surtout : Hermès apprend, et s'améliore un peu plus chaque jour.
Au final, une dizaine d'heures gagnées chaque semaine.
« On est équipés, on a ChatGPT »
Alors quand un client me dit "on est équipés, on a mis ChatGPT"… je comprends. C'est exactement là où j'étais, moi aussi, il y a quelques mois.
Il ne ment pas. Il décrit honnêtement le seul morceau d'IA que son cerveau a eu le temps de se représenter.
Pendant ce temps, le terrain a changé d'ère. Des agents qui parlent à des sous-agents. Qui exécutent des tâches de bout en bout, sans qu'on les regarde (alors que l'orchestration et la maîtrise des coûts seront des piliers des prochains enjeux).
Et c'est là qu'est le vrai sujet.
On ne peut pas désirer ce qu'on n'a jamais vu fonctionner.
Le problème de nos clients, ce n'est pas leur outil. C'est leur plafond d'imagination. Et aucune méthode de "recueil du besoin" ne perce ce plafond - parce qu'on ne sait pas exprimer le besoin de quelque chose qu'on n'imagine même pas.
La vraie question : notre cerveau est-il seulement câblé pour aller chercher les limites de l'IA ? Ou s'arrête-t-il, soulagé, à la première image rassurante qu'il croise ?
Challenger l'imagination, plus seulement le besoin
Alors non, je ne dis pas qu'il faut arrêter de vendre la valeur. La valeur métier reste la destination. Ça, ça ne bougera jamais.
Mais la carte pour y aller, c'est désormais la techno.
Pas comme argument de vente. Comme révélateur.
Pendant 10 ans, notre métier c'était de challenger le besoin. Creuser, questionner, reformuler. Aujourd'hui ça ne suffit plus : il faut challenger l'imagination. Notre job n'est plus de cadrer un besoin - c'est de débloquer une vision.
Et ça impose un nouveau réflexe : la veille. Si la frontière bouge tous les mois, le besoin d'hier est déjà périmé. Notre vrai métier, aujourd'hui, c'est de savoir ce que l'IA sait faire cette semaine - pour pouvoir le montrer au client avant même qu'il sache le demander.
Une précaution : la techno au service de la valeur
Une précaution, quand même.
Ce n'est pas un retour au "tech pour la tech". Le cimetière des POC est plein de démos qui éblouissent et ne servent à rien. La techno doit rester au service de l'imagination du besoin. Jamais à la place de la valeur.
Mais continuer à répéter "ne parle pas de techno" en 2026, c'est condamner le client à ne désirer que ce qu'il connaît déjà.
Et ce qu'il connaît déjà… est déjà dépassé.
Concrètement, dès lundi
Alors la règle a changé. On ne recueille plus un besoin - on le déclenche. On ne part plus du problème du client : on part de ce que l'IA sait faire, et on le laisse réimaginer son problème.
Concrètement, dès lundi : arrêtez de demander « de quoi avez-vous besoin ? ». Commencez par « voilà ce qui est devenu possible - qu'est-ce que ça change pour vous ? ».
Le besoin viendra après. Et il sera dix fois plus ambitieux.
Et vous - vous vendez encore la valeur seule ? Ou vous avez commencé à ouvrir le capot ?
Yann Grumbach - Directeur Général & Partner, Selego.
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